Rodolphe CHRISTIN, Peut-on voyager encore ? Réflexions pour se rapprocher du monde
Parmi les nombreuses recensions du livre de Rodolphe Christin Peut-on voyager encore ? Réflexions pour se rapprocher du monde, voici celle du sociologue Christophe Guibert qui prend sans ambages parti contre l'antitourisme. Un bel exemple de sociologie gestionnaire du désastre touristique s'en prenant à la réalité sociale et environnementale de l'industrie qui le développe... On ne mord certainement pas la main qui nous nourrit.
RÉFÉRENCE
Rodolphe CHRISTIN, Peut-on voyager encore ? Réflexions pour se rapprocher du monde,
Montréal, Écosociété, 2025, 93 p., ISBN : 9782898570599.
Le livre de Rodolphe Christin intitulé Peut-on voyager encore ? Réflexions pour se rapprocher du monde a paru en janvier 2025 aux éditions Écosociété, une maison d’édition québécoise. Ce petit livre de moins de 100 pages, composé de dix courts chapitres, est une critique acerbe et un peu facile du tourisme contemporain mais ne constitue pas à proprement parler un livre de sociologie. Avant toute chose, il convient d’indiquer que Rodolphe Christin est docteur en sociologie. Il a soutenu une thèse en 1999 à l’université de Grenoble, dont l’objet portait sur « l’imaginaire voyageur ». Sa thèse a été soutenue sous la direction d’Alain Pessin, ayant lui-même été dirigé par Gilbert Durand, tous deux étant des compagnons de route du postmoderniste Michel Maffesoli (au sein des Cahiers de l’imaginaire et du Centre de recherche sur l’imaginaire de l’université de Grenoble, par exemple). Rodolphe Christin est un auteur assez prolifique d’ouvrages (notamment Manuel de l’antitourisme chez le même éditeur), plutôt des essais que des enquêtes de terrain sociologiques, au sein desquels la critique du tourisme – son « dada » – est systématique.
Le livre Peut-on voyager encore ? n’est donc pas un ouvrage de sociologie – l’approche est davantage philosophique – et fait penser, dans un tout autre registre, aux publications de Jean-Marie Brohm et de son école de pensée au sujet du sport. En effet, les analyses de Jean-Marie Brohm sont davantage des essais que des travaux portant sur des Rodolphe Christin, Peut-on voyager encore ? Réflexions pour se rapprocher du terrains empiriques et considèrent le sport, se référant en cela à Karl Marx, comme l’opium du peuple. On peut ici avancer l’idée, sans trop se tromper, que le tourisme constitue pour Rodolphe Christin une autre sorte d’opium. Cette approche critique lui offre d’ailleurs régulièrement la possibilité d’exposer ses idées dans des médias français de grande écoute. Dans le cadre d’un essai, rien n’empêche l’auteur, dans son plein droit, d’exposer ses idées partisanes et postures idéologiques (ce qui est le cas dans le présent opus). Une lecture critique peut néanmoins en être proposée.
Le point de vue de l’auteur consiste, de manière récurrente, à critiquer le capitalisme dont le tourisme est le produit et l’un des moteurs puissants. L’introduction plante le décor : « Face aux enjeux climatiques et sociaux, le système touristique ne devrait pas avoir d’avenir si l’on veut être conséquent et considérer les désastres en cours à la mesure de leur importance » (p. 11). Ce système est, pour l’auteur, « fondé sur la centralité de l’économie et la recherche inlassable du profit, se nourrit de tout, transforme tout, absorbe tout, et c’est d’ailleurs ce qui lui confère sa dimension génialement destructrice » (p. 12). Ainsi, « Tourisme partout, tout le temps, semble être l’idéal des sociétés imprégnées d’hédonisme économique » (p. 14). Rodolphe Christin prolonge son développement à l’aune de ce type de constats. En partant du principe selon lequel les mobilités et les consommations touristiques, a fortiori lointaines, engendrent de facto des effets sur l’environnement, d’une part, et transforment les territoires dans lesquels elles se diffusent, d’autre part, on ne peut certes nier totalement les effets néfastes de ce système économique spécifique. Pour autant, le tableau n’est pas aussi sombre que veut bien l’affirmer Rodolphe Christin : création d’emplois, sécurité des emplois, aménagements divers, gestion des déchets, assainissements, rénovation du bâti…, mais aussi valorisation des territoires, élévation des niveaux de vie, affirmation des cultures locales… peuvent également être des variables effectives à mettre, selon les configurations sociales, historiques et géographiques, au profit de l’économie touristique. Il y a en réalité autant d’effets, qu’ils soient plus ou moins positifs ou plus ou moins négatifs, que de configurations touristiques localisées. Sans doute un peu angélique, la solution à apporter aux maux du tourisme consiste selon l’auteur à « sortir de la société de consommation » à l’appui de « nouvelles cosmovisions » (p. 93), mécanisme façonné par l’espérance de l’avènement « d’un écosocialisme autogestionnaire » (p. 87). Le projet défendu par Rodolphe Christin repose sur ce qu’il nomme la « voie écosophique », c’est-à-dire une « sagesse de la relation au monde » (p. 83) qui, appliquée aux déplacements touristiques, devient les « voyages écosophiques » (titre du chapitre 10). L’idée consiste à rompre avec la vision utilitariste des sociétés marchandes au profit de relations renouvelées, attentives et conviviales entre humains et non-humains, le tout envisagé dans une « dimension intensément poétique de l’écologie » (p. 83). Bref, le projet, s’il n’est pas totalement nouveau, engage à la réflexion.
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Le pdf de la recension ici :
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